Le Ballet de Lausanne de Maurice Béjart était au Zénith de Toulouse les 12 et 13 avril 2005, avec trois créations: Brel et Barbara création de décembre 2001 (tirée du ballet Lumière une création de juin 2001 a Lyon); l’Art d’être grand-père (photo ci-contre), et l’intemporel Boléro qui évidemment n’a pas pris une ride depuis janvier 1961. Au sublime du spectacle, contribuaient plusieurs éléments majeurs: tout d’abord, la splendide Elisabeth Ros, incarnant une Barbara dansant Brel, dont le port de bras suffit à prononcer, à articuler un “Ne me quitte pas” comme jamais il n’avait été dit. En effet, pour Maurice Béjart la danse est un langage à part entière, dont chaque geste est la lettre d’un alphabet gestuel qui nous touche jusqu’aux frissons. Maurice Béjart n’affirme-t-il pas que la danse, c’est « …un minimum d’explications, un minimum d’anecdotes, et un maximum de sensations »? Or, c’est exactement l’effet que produit un tel spectacle: “Il y a l’eau, l’air, le feu, la terre, et puis il y a la danse”, murmure la voix-off au début de l’Art d’être grand-père.Ainsi, la danse est-elle pour Maurice Béjart le 5è élément, une fabuleuse alchimie à laquelle contribue aussi l’étrange musique d’Hughes Le Bars (créateur de la “Musique pour Versailles” pour le ballet l’Enfant-Roi (juin 2000). Ce n’est pas la premiere fois que Maurice Béjart mêle les compositions d’Hughes Le Bars aux plus grands classiques (en 1988, dans le ballet Patrice Chéreau il le mêlait par exemple à Wagner; puis à Beethoven dans 1789…et nous en 1989, ou à J-S.Bach dans La Tour en 1991). Les musiques d’Hughes Le Bars, mélanges déjantés des sons les plus incongrus et d’instruments électroniques ou classiques (les extraordinaires et désopilants “Bébé chanteur” ou “Bébé funk” tirés de l’album J’en ai marre font des merveilles dans le ballet l’Art d’être grand-père, ainsi que les fabuleux “Chat dans l’eau” ou “Tango Tchak” de l’album Zinzin qui rythment avec bonheur les chorégraphies démantibulées mais néoclassiques de ce ballet jubilatoire d’une extrême originalité. Spiritualité, musique, sensations et sublime: autant d’éléments qui font de la danse de Maurice Béjart, pour le spectateur envoûté, l’équivalent d’un 6ème sens. Un peu comme si, en digne fils du philosophe Gaston Berger, Maurice Béjart cherchait à faire de la danse une sagesse, une philosophie qui parvient à accomplir au plus au point l’union indissociable de l’âme et du corps. Et « pour tant de beauté, merci, et chapeau bas »…
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