Un seul mot pourrait suffire à décrire un tel film: puissant. C’est sans nul doute le plus beau film (un peu sur le même sujet) que j’aie vu depuis Le Pianiste. L’acteur principal, le scénario, l’intensité du suspense psychologique, politique et historique… tout, dans La vie des autres, est magistralement fort, ambigu et tragique. Le noeud gordien du film, ce sont les tensions qui régissent les relations entre les personnages, dans la réalité de la RDA à 4 ans de la chute du mur où l’air est vicié par la probabilité permanente que quiconque puisse être un « informateur »… La qualité majeure de ce film est de parler des ambiguités de l’âme humaine, rendues criantes par le régime, par un système dont les rouages psychologiques et burocratiques sont tels que même la « sonate de l’homme bon » a des conséquences dramatiques: que Wiesler tente d’aider (d’abord moralement) Christa à ne pas céder aux avances d’un ministre pour sauver, par bonté, le couple dont il est chargé de surveiller méticuleusement tous les faits et gestes, et cet acte de bonté bloque plus encore Christa dans ses contradictions et dans l’engrenage des pressions du Parti. Car tous les personnages sans exception, à un moment où un autre contraints de céder aux pressions, deviennent à leur insu un rouage dans l’engrenage du système, et risquent à tout moment, d’être « écrasés par la Grande Roue » qu’ils font eux-mêmes tourner. De sublimes vers de Brecht peuvent certes invertir le sens de la Roue dans l’âme d’un homme, mais que peut le combat d’un seul dans la mécanique huilée de la Stasi? Un homme en sauve un autre, mais ce n’est qu’à la chute du mur, qu’en un dénouement superbe, consacrant la force émotionnelle de ce film, l’art reprend ses droits et rend un poignant hommage à l’homme qui ne put être bon qu’en secret… C’est tout simplement magnifique.

Vu le 25 mars 2007. Note: ****

Publicités