Abdelattif Kechiche est un cinéaste vraiment doué pour le gros plan dont il enrichit la peinture des états d’âmes et le portrait de ses personnages. N’importe qui n’est pas capable de filmer aussi longtemps des scènes aussi longues, avec autant de gros plans, sans tomber dans un voyeurisme excessif. C’est que le cinéaste porte une affection particulière à ses interprètes, et par conséquent à ses personnages: il y a du Ken Loach chez Abdellatiche Kechiche du point de vue du réalisme, mais avec le lyrisme (du cinéma italien néo-réaliste) et l’humour tendre d’un Nanni Moretti ou d’un Marcel Pagnol (Télérama) en plus, ce qui ne gâte rien. Il faut être sacrément talentueux pour réussir à filmer la scène du couscous-repas familial dans ses moindres détails et moindres instants, même les plus anodins ou banals, sans ennuyer le spectateur. Les quelques longueurs du film trouvent leur aboutissement et leur pleine justification dans la transe et le suspense finaux du récit choral de cette émouvante épopée contemporaine.
Vu le 20 janvier 2008- note: ***
Publicités