Mots-clefs

Jusqu’au 22 mars 2008, la BNF ouvre ses portes de l’Enfer: cet endroit où, dès 1750, on commença à tocker les ouvrages offensant les bonnes moeurs (de Félicien Rops, en passant par Dali, Pierre Louÿs, Aragon, le marquis de Sade, l’Arétin et bien d’autres…). Officiellement créé en 1836, l’Enfer a une histoire aussi palpitante que les livres qu’il recèle et que nous offre cette exposition à la BNF: « La Bibliothèque décida de donner une cote spéciale à ces ouvrages que l’on disait contraires aux bonnes mœurs. Déjà dès le milieu du XVIIIe, le Catalogue des livres imprimés, section Belles-Lettres, avait créé une rubrique pour les romans licencieux. Plus tardivement, dans le supplément manuscrit de ce catalogue, certains livres inscrits sous cette rubrique portèrent la mention « cabinet » ou « cab ». Ce qui peut signifier que ces ouvrages étaient conservés dans un meuble à tiroirs et séparés des autres. Et c’est en 1844, dans le Carnet des inventaires des fonds anciens, où le terme Enfer est ajouté à la cote initiale, qu’on trouve une preuve tangible de son existence. L’inscription au catalogue ne commença qu’en 1876. On comptait environ six cent vingt titres, provenant pour plus de la moitié de saisies judiciaires dont la principale fut celle opérée chez Alfred Bégis en 1866. Un catalogue sur fiches fut établi qui devança de quelques années la parution, en 1913, du catalogue imprimé de Guillaume Apollinaire, Fernand Fleuret et Louis Perceau, L’Enfer de la Bibliothèque nationale ; ceux-ci bénéficièrent vraisemblablement d’un traitement de faveur pour établir ce catalogue qui n’était en rien commandité par la Bibliothèque. De 1913 à 1969, l’Enfer s’enrichit de 850 numéros provenant de dons, d’acquisitions mais aussi du dépôt légal, celui-ci se substituant en quelque sorte aux saisies devenues quasi inexistantes. En septembre 1969, une note spécifiait la fermeture de l’Enfer. Celle-ci s’expliquait par l’évolution des mœurs. Cette cote faisait si mauvais effet que, à l’occasion de l’exposition Apollinaire organisée par la Bibliothèque nationale, ses livres cotés Enfer furent décotés pour recevoir des cotes plus convenables comme l’Y2 ou encore l’Ye. Mais en 1983 l’Enfer était rouvert à la demande des chercheurs et des bibliothécaires, non pour des raisons morales mais pour des raisons pratiques. Depuis 1983, seuls sont cotés Enfer les éditions anciennes, entrées par don ou par acquisition, qui, en leur temps ont été poursuivies ou condamnées pour des raisons morales, les livres érotiques ou pornographiques contemporains considérés comme rares par leur tirage, leurs illustrations, leur conception. L’Enfer est devenu plus sélectif et a pris une tournure plus bibliophilique« .
Source: Eros au secret, BNF. Exposition à ne pas manquer, jusqu’au 22 mars 2008.
Le X à la BN: le secret révélé. Entrée plein tarif: 5€
Publicités