Le film de Matteo Garrone tiré du livre de Roberto Saviano est moins un film violent (qu’il est, certes et à son paroxysme) qu’un film atterrant et déprimant: on sort de Gomorra en se disant, hélas, que derrière chaque objet « made in Italy » il y a peut-être (et sans qu’on puisse réellement le savoir) 2 ou 3 morts à cause de la Camorra. À l’image de la robe immaculée portée par Scarlett Johanson aux Oscars qu’on ne pourra plus jamais voir, après un tel film, sans que dansent les images atroces du quartier (ou immeuble-mini-ville) de Scampia devant nos yeux. Pendant le film et à la sortie, il règne dans la salle un silence pesant et atterré, parmi des télespectateurs accablés de voir comment l’un des plus beaux pays du monde, l’un des leaders sur le marché Bio (c’est une des plus lourdes contradictions de l’Italie contemporaine) porte en son sein l’un des enfers les plus atroces de l’Europe: l’enfer de la Camorra napolitaine, un entonnoir inexorable où tout habitant (ou pire: tout jeune, même le plus innocent, comme pouvait l’être Roberto Saviano) n’a pas d’autre choix que d’être englouti par ce premier cercle de l’Enfer dantesque qu’est Scampia. On ne ressort pas de là indemme ni avec le même regard sur notre monde contemporain.
Vu le 6 sept. 2008. Note: ***
À lire: Gomorra, par Roberto Saviano, Gallimard, 358 p., 21 euros.
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