Le destin de Gabrielle Bonheur (alias Coco Chanel) est loin d’être parsemé de bonheur, du moins sur le versant de sa vie privée. C’est bien ce qui transparaît dans le film d’Anne Fontaine, Coco avant Chanel, que je recommande vivement pour tout un tas de raisons. On y retrouve (par petites touches très bien suggérées) tout ce qui fera la légende de Coco: la marinière piochée dans le quotidien des pêcheurs, la petite robe noire anti-conventionnelle, sobre et élégante, tranchant au milieu des robes blanches « tartes » à froufrous, le détournement de la cravate d’homme en noeud féminin qui, d’un seul coup de ciseaux devant le miroir, transforme un look piqué aux hommes en look dandy masculin féminin très chic…. Bref, tout le « style » Chanel transparaît vraiment dans ce film, qui est un fabuleux portrait de la célèbre styliste. On y comprend dès les premières images à quel point l’attention aux moindres détails d’une tenue était déjà peut-être une habitude inconsciente de la jeune Gabrielle Bonheur, lorsque la caméra (-regard de Gabrielle enfant) s’attarde subtilement sur les cornettes blanches des bonnes soeurs de l’orphelinat…Mais Gabrielle Chanel, c’est surtout (et le film le montre très bien) une époque et une personne: trop de froufrous, « trop de tout » et Coco Chanel devient indispensable à la mode de la femme moderne avec sa sobriété stricte, comme si l’on n’attendait plus qu’elle. La bonne personne au bon moment. Côté technique, le film est juste parfait: mise en scène et photos superbes, tout en sobriété à l’image de son sujet, acteurs idem (formidables Emmanuelle Devos, Marie Gillain, Benoît Pelvoorde… extra aussi le personnage de l’Anglais, le seul amour de Gabrielle Chanel). Superbe fin aussi, qui nous projette directement dans le magasin de l’actuelle rue Cambon à Paris, avec le célèbre escalier aux miroirs et le défilé final.
Il ne s’agit certes pas d’un « grand » film (d’ailleurs un film biographique peut-il vraiment l’être?) mais d’un vraiment très très bon film, où l’humour ne manque pas (savoureuse, la réplique d’Audrey Tautou au sujet du chapeau à plumes d’Emmanuelle Devos!). Et puis moi, ça m’a rappelé ma grand-mère, qui s’appelait Gabrielle, qui (de paysanne auvergnate, comme Coco) était devenue couturière à domicile et qui avait fait les robes de la moitié de la ville du Puy et pour qui, dans ce contexte, Coco Chanel était le modèle à suivre par excellence… (Nota bene: ne vous fiez pas à la bande-annonce, qui n’est qu’un zapping fatigant très mal monté!)
Vu le 3 mai 2009. Note: ***
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