On n’ira plus jamais chez Castorama avec le même regard, après avoir vu le dernier film des frères Podalydès, Bancs publics (Versailles rive droite): il y a d’ailleurs fort à penser que les deux frères ont passé de longs moments à observer ce qui se passe à Casto, tant les situations à Brico Dr(e)am (nom du magasin de bricolage du film), pour cocasses qu’elles soient, sont proches de la réalité (je me souviens l’an passé avoir vécu à casto une situation que je qualifierais aujourd’hui de poladylienne ou bricodr(e)amatique: 4 à 6 vendeurs se succédant pour nous conseiller des ponceuses toutes plus sophistiquées les unes que les autres – et sans doute toutes inadaptées au ponçage d’un mur de peinture – se contredisant également les uns les autres, jusqu’au dernier nous suggérant d’acheter la plus nulle et la moins chère en 3 exemplaires, et de rapporter ensuite au magasin, après usage et cassage d’une ou deux, celles du lot n’ayant ni servi ni cassé…(véridique de bout en bout, j’aurais dû envoyer ça aux Podalydès, ça aurait fait une scène de plus dans le film!). On y voit les vendeurs (et le manager, un Bruno Podalydès hilarant) s’adapter jusqu’à l’absurde à une clientèle (crédule ou non) qui achète sans comprendre ce qui lui arrive, comme par exemple une perceuse énorme qui finit par tuer un hamster (désopilante scène de « Pictionary » à la caisse lorsque le client revient se plaindre au magasin, et rendu totalement aphasique par ce qui lui arrive…).
Avec son impressionnant casting, le film se répartit en 3 espaces clos: le square, le magasin Brico Dr(e)am et l’entreprise où travaillent la plupart des personnages. Pas d’intrigue très développée (ce qui peut dérouter au départ), mais une sorte de séries de tableaux décortiquant des situations (paradoxalement très très réalistes) dont la cocasserie délirante n’a d’égal que le tragique (le coup de fil aux flics à propos de la banderole, au début du film, est à mourir de rire…. et l’on s’y croirait!). Certaines situations glissent subrepticement d’un monde à l’autre jusqu’à l’absurde ou bien des expressions sont prises – subtilement – au « pied de la lettre » (et le comique de langage se mêle au comique de situation jusqu’au délire). Alors, le monde du bricolage prend le ton de l’urgence hospitalière
et une Catherine Deneuve éplorée apporte son armoire qui finit comme sous perf’ dans un caddie, ou encore, un ballon à Helium se met à gonfler dans le magasin du manager le plus… « gonflé à l’helium » qui soit, justement…
Au coeur du film, quelques phrases philosophiques et imagées prêtent à réflechir sur le sens de toute cette cocasserie absurde dont se tissent les rapports humains (une cocasserie qui garde un fond toujours « effroyable », adjectif employé d’ailleurs par Claude Rich lors d’une scène magnifiquement interprétée avec Michel Aumont dans le square), dont la phrase de Catherine Deneuve au sujet de ce monsieur qui a consacré toute sa vie à la construction d’un manège avec des objets de récup’ et qui, sur son lit de mort, n’a pas demandé de nouvelles de son manège, mais de ses outils…
Bref, un film où l’on rit beaucoup (ah, la scène de la « glaviole », mot hilarant repris de Liberté-Oléron) mais toujours avec un fond éminement tragique de grande solitude humaine, et là est toute la force de l’humour des frères Podalydès: il n’y a que peu d’indulgence à l’égard des personnages, amers reflets de nous-mêmes « épinglés » dont nous rions avec la force cynique du désespoir. Courez-y! C’est le film le plus lucide, le plus acerbe, le plus tragique et le plus drôle qui soit…
Extrait 1: la glaviole
Extrait 2: la perceuse
Extrait 3: la quali…
Autres Extraits video.
Vu le 19 juillet 2009. Note: ***
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