Je ne vais pas être très élogieuse du film dont tout le monde parle en ce moment: Un prophète, de Jacques Audiard...
Alors… oui, certes, l’interprétation de Tahar Rahim (Malik dans le film) est magnifique (notamment toute la première partie jusqu’à ce qu’il commence à faire le larbin pour les Corses, c’est extraordinaire), alors oui, celle de Nils Arestrup est excellente aussi, tout comme celle de tous les acteurs. Côté cinématographique, rien à dire, c’est bien monté, bien filmé, et ça n’est techniquement et artistiquement parlant pas un mauvais film.
Le problème, c’est que je n’y ai plus cru à partir du moment où le prisonnier part en permission de sortie: comment croire qu’un homme condamné à 6 ans de taule puisse partir flinguer 3 ou 4 types, enfermé dans une camionnette avenue Montaigne à Paris, puis traîner un corps sanglant devant chez Chanel (ou presque) en plein jour (tout ça prend un certain temps et ne se fait pas dans la discrétion, c’est le moins qu’on ouisse dire!!) puis rentrer en cellule comme si de rien n’était, même pas surveillé qu’il est (un minimum) lors de ses sorties?
Et puis, il y a un souci aussi avec le sujet: que cherche à traiter Jacques Audiard, comme sujet? la spirale infernale de la mafia en univers carcéral? Mais, alors qu’on attend à ce que ça finisse très mal, ben non, cette spirale infernale (« je t’ai aidé pour ça, alors tu dois m’aider pour ça et je t’aiderai pour ça » etc etc…) dévie vers un dénouement qui laisse plus que sceptique. Et que, du coup, on a du mal à comprendre: c’est quoi, ce film, une fiction-reportage sur l’univers carcéral? Mais non, ça ne peut pas être ça, car autant l’atmosphère délétère du début est convaincante, autant la seconde partie du film à partir des « sorties » de Malik est totalement invraisemblable… Une ode à l’annonce d’un monde meilleur pour les exlus de la société et tous ceux que la société enferme dans la spirale de la violence et de la délinquence? Le problème est que ce message-là (si tel est le cas) n’est pas suffisamment universel:  c’est tellement (trop) centré sur l’opposition mafia corse / mafia arabe, avec cette fin en « happy end »
tellement bizarre et manichéenne par rapport au reste du film où le héros d’abord opprimé par les Corses finit sous bonne escorte du 93 et des « barbus » de la prison dans la scène finale, vengé qu’il est du méchant corse…
Bref, soit je n’ai rien compris du tout, soit Audiard a déjà trop bien traité le sujet père/fils dans le superbe De battre mon coeur s’est arrêté (en plus, revu la veille à la télé, je pouvais donc vraiment comparer!) et là, il fait un pâle (mais trop violent) remix en version « disciple/parrain » dont on ne voit pas bien où ça va… et du coup on ressort de toute cette violence en se disant « eh ben, tout ça pour ça ». Et puis alors, qu’est-ce que c’est long!!!… Au bout d’un moment, ça s’est mis à me gaver, toute cette violence pendant près de 2h30 tout de même… J’ai fini par m’ennuyer et j’ai passé trop de temps derrière ma veste à ne pas pouvoir regarder, en me disant « bon, ça va où, tout ça? »… ben, nulle part, en plus….
Je ne retiens donc que l’interprétation de Tahar Rahim: très Pasolinien en personnage « originel », « vierge de tout »  au-delà du Bien et du Mal… Mais bon….
Vu le 4 sept.2009. Note: **

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