Dans la vie de Mussolini, il y a un lourd secret que l’histoire officielle ne raconte pas : une femme, IDA DALSER, et un enfant, Benito Albino, conçu, reconnu puis désavoué…
Outre le premier mérite de VINCERE qui est de faire ressurgir de l’histoire un pan méconnu de la vie de Mussolini, vue par Ida Dalser sa maîtresse (interprétée par une GIOVANNA MEZZOGIORNO, mi-Marion Cotillard, mi-Romy Schneider, qui atteint des sommets par sa beauté et son talent), le film de BELLOCCHIO, parce qu’il superpose une image « réelle » du dictateur vu par Ida à l’image « historique » (mais aussi idéalisée dans la distance par toutes les femmes qui rêvaient d’être son époux ou son amant), présente non seulement l’intérêt de faire comprendre sur quels éléments reposait la fascination exercée par le Duce sur les femmes du régime, mais aussi de parler du fascisme de l’intérieur. Du film, je retiendrais 3 scènes majeures, et ce pour différentes raisons:
la scène entre Ida et son psychiatre qui lui explique à quel point il vaut mieux jouer la comédie dans un régime pareil si l’on veut s’en sortir: sorte de constat à la fois amer mais ultra réaliste qui décrit très bien la situation vécue par quiconque entendrait s’opposer au Duce et au régime: direction l’asile d’aliénés….. alors que la plus folle n’est pas celle qu’on croit.
la scène où le fils de Mussolini, Benito Albino, enfermé par le régime parce qu’il a été surpris à singer son père Mussolini, continue ses mimiques parodiques dans l’hôpital psychiatrique: on a alors une superposition saisissante entre image historique et cinéma qui permet de mettre en relief magistralement la folie rhétorique et comportementale du dictateur (d’ailleurs dans la salle à ce moment-là, les gens se mettent à pouffer, tant le Duce apparaît tel un guignol agité, avec son pompon sur la tête, gesticulant et grotesque, parodie de lui-même que le cinéma tourne alors si efficacement en dérision).
la magnifique scène sous la neige lorsque Ida jette une énième fois ses lettres à travers les grilles de l’asile, avec en fond sonore la superbe muique de Philip Glass (tiens, encore lui…)

Bref, superposant l’image historique de Mussolini à un acteur ne lui ressemblant pas du tout mais le mimant à merveille, BELLOCCHIO réussit  précisément à montrer comment Mussolini n’est plus au final que le singe (délirant) de sa propre réalité… C’est magnifique.
Vu le 28 nov.2009. Note: ***

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