Poetry démontre avec la plus grande force qui soit combien la poésie n’est rien d’autre que la mise en relation, entre elles, des choses les plus éloignées, fussent-elles les plus sordides et les plus terribles de la vie…. Poetry est non seulement l’histoire d’une grand-mère qui transforme des mares de boue en or, mais cette boue sordide est également la matière même du film et celle de son lumineux aboutissement: la boue la plus sordide se retrouve incroyablement unie dans un final exerçant une clarté poétique et émotionnelle inouïe sur le spectateur, et l’on ressort de là bouleversé pour longtemps… Parmi les plus belles scènes du film, celle où la mamie se retrouve au bord du fleuve avec son carnet, et où les nuages paraissent pleurer et retrouver la mémoire de la douleur à sa place, en grosses gouttes sur les feuilles de son carnet de poésie… Actrice fabuleuse, incarnant un personnage dont l’élégance vestimentaire (ah ses jupes un rien ringardes, en dentelle, ses chemisiers fleuris, ou imprimés Missoni, son étole de dentelle et son joli chapeau de crochet… elle est ravissante, cette grand-mère) n’a d’égal que l’élégance du coeur, Yoon Jung-hee habite le film d’une aura de beauté époustouflante, telle l’allégorie ambulante de cette « poésie » qu’elle cherche tant… Le film offre aussi un regard intéressant sur la société coréenne de Séoul qui nous laisse quelque peu pantois quant à la toute puissante masculine dans une culture de la « soumission », ce qui hélas est sans doute là-bas d’une triste banalité… Prix du scénario à Cannes (ultra-mérité). Vu le 18 sept. 2010. Note: ****

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