La Pecora nera est un film difficile. Mais dans le bon sens du terme (comme pouvait l’être en son temps un film-fable filosophique comme l’Humanité): de ceux, trop rares, qui vous interroge sur les tréfonds de la nature humaine, sur la frontière – si fragile – entre la raison et la folie… Ascanio Celestini explore cette frontière, en funambule tragique et onirique, et paraît nous dire, à travers un double et habile point de vue permanent (celui de l’enfant et celui de l’adulte, les deux facettes du même personnage), que l’enfance et la folie ont ceci en commun qu’elles relèvent toutes deux d’un monde parallèle, d’un monde « autre », où l’imaginaire peut sauver autant qu’il peut « tuer » une identité… jusqu’à la folie.
Dans une atmosphère dantesque d’un au-delà de la raison qu’il explore comme s’il était son propre Virgile le guidant dans ce monde parallèle, le personnage principal de Nicola (Ascanio Celestini lui-même) est (volontairement?) une sorte de sosie d’un Saint-François s’adonnant à la nef des fous comme le Saint s’adonnait à la pauvreté et au dénuement, traversant les enfers humains tel un Christ sacrifié, avec cette maxime finale exhortant à ne pas nous laisser envahir par nos tristesses alors que le soleil nous illumine au milieu du pré, mais plutôt de les laisser aux « enfermés » qui n’ont pas cette chance et sont comme appelés, en martyrs tragiques, mi-saints, mi-fous, à errer aux limites de la déraison humaine…

Vu le 30 avril 2011. Note: ***

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