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Le metteur en scène serait entré dans l’inconscient de Blanche-Neige pendant son sommeil, que son film n’en aurait pas été différent. Blancanieves a l’ambiguité des rêves et des cauchemars, de ceux dont on se réveille en se disant qu’on a rêvé un truc à la fois bizarre et hyper cohérent. Fascinant, captivant, on ne décroche pas une seconde de ce film muet, en noir et blanc (et Dieu sait si je me suis ennuyée à The Artist, en comparaison). Ici, le N&B se justifie pleinement car il ne se résout pas en un simple exercice de style sur un genre filmique désuet. Le muet en N&B est bien au contraire le support qui donne tout son sens au film: on est presque chez Bunuel, dans une Blanche-Neige version Un chien andalou, où l’onirisme étrange les images signe le destin de la protagoniste, tel ce personnage de démiurge-impresario qui lui tend sa carte de visite, et au dos de laquelle est inscrit « 66 Destino ». L’ombre et la lumière, le Bien et le Mal (tous subtilement entremêlés), la face sombre et la face lumineuse des choses sont le fil conducteur du « destin » de Blanche-Neige, sur lequel plane l’ombre menaçante du chiffre 6: 6 le nombre de taureaux (le 6e est d’ailleurs prénommé Lucifer), 6 le nombre de nains (et non pas 7)… Sans parler de tous les personnages ou animaux psychopompes, qui embarquent l’âme de Blancanieves (Carmencita) du côté de la face sombre et cachée de sa vie: le coq (mort et renaissance au lever du soleil), les nains (détenteurs du « secret »), et le taureau bien sûr. Pablo Berger réussit même le tour de force de donner à la pomme empoisonnée la fonction et la symbolique de celle d’Adam et Eve, tandis que le Prince charmant, quant à lui, est justement l’un des 6 nains… La scène finale est d’ailleurs d’une beauté exceptionnelle. Bref, il faut courir voir ce film, l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps.
Vu le: 28/01/2013. Note: ****

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